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ENTRE DEUX SOLEILS
est un recueil de 4 pièces :
- Le Pont Arc-en-ciel , un petit conte moderne.
- Météorite sur le pavé, un monologue à deux voix.
- Entre deux soleils, une pièce en 4 actes.
- Moi, Œdipe, une pièce en 4 actes.
I - EXTRAITS de « Moi, Œdipe »
ACTE I
Scène 2
(Devant le temple de Delphes, Œdipe)
ŒDIPE :
Les propos rassurants de mon père et les tendres serments de ma mère m'assurent que je suis bien de royale lignée, et que je règnerai sur Corinthe ! Ces douces perspectives ne peuvent cependant dissiper tous les doutes qui assombrissent mon âme.
Me voici donc à Delphes pour consulter l'oracle. Et moi de lui poser la question : "Qui suis-je ?" La pythie, sans daigner y répondre, m'assène une autre prophétie, insensée, plus fatale encore que tout ce que je redoutais...(On entend la voix de la pythie : "Œdipe tuera son père et épousera sa mère.")
O étrange destinée ! Qui suis-je donc, pour mériter un tel sort ? Pire qu'un enfant de la Chance, serais-je un assassin en puissance ? Un parricide, oui… ! Est-ce là mon glorieux devenir ? O dieux, que faites-vous de moi… ? Fou, je deviens fou ! Apollon, qu'espères-tu de moi en m'imposant un tel châtiment ? Comment pourrais-je désormais vivre auprès de mes parents sans voir se dresser le spectre horrifiant d'un cadavre adoré ? Et toi, douce mère, pourrais-je, jamais, désormais, te serrer dans mes bras sans sentir le serpent de l'inceste s'immiscer dans nos tendres baisers ? Pourrais-je seulement poser un regard innocent sur ces visages familiers ? Ooooh, O cruelle, odieuse perspective faite de sang et de sperme en un double crime associés !Suis-je donc possédé par un monstre qui attend, tapi au fond de moi, pour se manifester ? O souillure indésirable, impensable souillure, impossible à porter ! Si je sonde mon âme, je ne vois rien d'infâme, et ma raison ne trame rien d'immonde. Non, dans ce dessein prémédité par les dieux, je me refuse à endosser le rôle qu'ils veulent me voir interpréter ! Je suis sans courage pour ce genre d'ouvrage ! C'en est trop, pythie, tu dérailles dans tes prophéties ! Messagère des dieux, tu n'en es pas moins femme ! Existe-t-il un mortel infaillible, un art totalement maîtrisé par un homme parfait ? Non, n'est-ce pas… ?
Dorénavant, à moins d'entendre, moi-même, la voix des dieux proférer leurs arrêts, jamais plus je ne me fierai à leur porte-parole... Mais hélas, le mal est fait ! O misère, le venin coule déjà dans mes veines et creuse son lit malsain dans mes nuits d'insomnie... Non, je ne pourrai éluder cette odieuse pensée... Me voilà enferré dans les rets incertains d'un destin que je venais éclairer.. Vais-je rester prostré à ruminer cette fable jusqu'à ce qu'elle ronge ma substance vitale ? Je dois me décider... Et puisqu'il faut agir, alors, je prends sur moi cette folle parole et choisis d'éviter l'innommable forfait : je ne rentre pas chez moi ! ... Me voilà condamné par ma seule volonté à errer, étranger parmi les étrangers.
Désormais, je suis seul ! Je suis ce que je suis et ne le dois à personne. Je n'attends rien du monde, et il a tout à craindre de moi... Au diable cette béquille ! J'irai, cahin-caha, sur mes deux pieds blessés, et je forgerai mon destin. Oui, je me le forgerai..., debout sur mes deux pieds !
(Il jette sa béquille sur le parvis du temple et sort)
ACTE III
Scène 2
(Antigone, dans la nuit)
ANTIGONE :
Coupable… ! La belle affaire ! pour une fille, que son père soit condamné par des innocents aux mains pleines de jugements ! Dans ce genre de procès, on s'appuie sur des faits, en toute objectivité. Les hommes sont fatigants avec leur objectivité, proprement calculée au plus près de leurs intérêts. Et les sentiments, qu'en font-ils de leurs sentiments, objectivement inqualifiables ? Exit ! Interdits de cité, les sentiments ! C'est trop humain ! Alors, on chosifie, on étiquette, dans les petites boîtes à pense-bête ! On ordonne en mémoire : une colonne pour le bien, une colonne pour le mal. On en fait des lexiques de morale, des manuels de savoir-vivre pour homme civilisé, et hop, lessivée l'humanité avec l'eau du bain des grandes idées aseptisées !Coupable ou non, je m'en moque, parce que tu souffres, père ! C'est affectif, je sais ! Ce qui est un grave manquement à l'objectivité, effectivement ! Mais je ne suis qu'une fille, moi, avec un cœur qui bat plus fort que sa raison. Je sais, il ne faut pas tout mélanger ; il faut analyser pour comprendre, et diviser pour régner, j'ai bien compris ! Mais que reste-t-il de la Vie qui est Amour, Beauté, sensations et Volonté aussi ? Rien que des abstractions inqualifiables, qui donnent son sens à la vie… Pour toi, père, là, maintenant, je ne sens qu'une chose : ta souffrance, ton inqualifiable souffrance. Et la souffrance dérange énormément l'ordre des priorités contrôlables, objectivement parlant. La souffrance est le pied-de-biche qui force le coffre-fort du cœur humain, verrouillé par la raison. Et ça fait très mal de faire sauter le couvercle de la raison raisonnante. Oui, il faut se rendre à la raison, la souffrance rend humain. C'est pas humain… Trop, peut-être. Je ne connais pas d'accouchement sans douleur. Le féminin sait cela, pas le masculin...J'ai d'autres priorités que de porter des jugements. En ce moment, il accouche d'un cœur, mon Œdipe de père. Et je ne supporte pas sa souffrance ! C'est pour cela que je suis près de toi, parce que tu as besoin de moi. C'est si douloureux d'ouvrir son cœur à l'humaine nature. Mais après, tout s'éclaire : on voit tout comme un tout ! C'est beau comme un bouton de fleur éclatant de lumière. Alors, sans rien dire, en secret, pour pas que tu t'effraies, je te serre dans mon cœur, et là, je te berce dans les langes de ta douleur, celle de ton corps meurtri par les coups que tu t'es donnés, toute ta vie, les coups que l'on se donne, tous, avant de naître à soi-même. C'est douloureux, un accouchement ! Et pour faire un homme, ô dieux, que ça prend du temps ! Pour toi, j'ai tout mon temps. Tu es si beau dans tes colères et tes silences ! Mon temps t’est entièrement consacré, et tu me le rends bien, même si tu m'envoies balader, de temps en temps... C'est comme cela la nature humaine, c'est vache, dans la souffrance...Mais je ne m'y trompe pas, allez, ce n'est pas à moi qu'on la fera ! Je vois bien que ton cœur est un bourgeon de douleur, prêt à éclore à ton soleil intérieur...
NOIR
I I - EXTRAIT de «Entre deux soleils »
CHRYSALDINE :
Si seulement j'avais rêvé…, Je pourrais me pincer et rire des dérives d'une imagination excessive... Mais voilà, cette sphère enchantée, cet Être de Bonté, je ne les ai pas inventés ! Ô félicité étouffée sous les cendres de l'extase consumée… Ô infime parcelle d'étincelle, germe d'éternité, greffé à ma moelle mortelle, pourquoi ne transformes-tu pas en parterre de roses la rocaille sur laquelle je repose ? À quoi bon embrasser des cimes indicibles pour retomber sous ce ciel stérile, sans étoile, où même mes larmes ne scintillent plus sur mes cils... ? Ô amer désert, tu fais miroiter à nos sens abusés des trésors surfaits... ! Le souffle du désir, qui nourrissait ma vie, n'est plus qu'un soupir d'agonie sur une masse de souvenirs qui refusent de mourir... À la croisée de mondes étrangers, mon destin incertain joue aux dés...
Ô Ami ! Je ne sais plus quoi faire... La mélancolie de ta vision évanouie crée un vide que rien ne peut combler... Et ce vide, que mon cœur chérit, accroît mon désarroi ! J'ai franchi, malgré moi, les bornes d'une sphère trop sublime pour moi ! Oui, mon cœur est chargé d'un trésor bien trop lourd pour moi... Je ne sais plus qui je suis ! Je ne m'appartiens plus... ! Trop d'univers se croisent et interfèrent dans mon âme en transfert. Sans pouvoir, sans savoir, vidée de toutes les eaux usées dans lesquelles je stagnais, j'attends, outre inutile, qu'une main magnanime me ranime au Printemps d'une eau vive...Ô mon Ami, mon Aimé ! Ne m'abandonne pas !
DHUNE :
Maya renonce à son trône d'immortelle ! Embrouillée par son flot de paroles, je ne peux m'endormir ; et demain, j'aurai les yeux gonflés... ! Je n'ose pas croire qu'elle délaisse le pouvoir ! Quelle ratatouille nous mijote-t-elle ? De quelles miettes devrai-je me contenter ? Un strapontin au pied de son mausolée ? Une demi-couronne à partager avec une pucelle rafistolée ? Il n'en est pas question ! Quand le destin flatteur accorde ses faveurs, ce serait une erreur de jouer les grands cœurs ! Je veux le gâteau tout entier ! Je le veux, gros comme une pièce montée barbouillée de Chantilly ! Je veux un trône somptueux en forme de méridienne avec sommier moelleux et coussins onctueux... Aah ! Être enfin installée, patin couffin, dans les soies mordorées de la célébrité... Et régner… ! Et Néon, l'étalon que je dois amadouer... l'emplumé, le Paon oui, qui caracole de jument en jument... ! Pour t'attacher à mes soins, pas besoin de harnais… ! Esclave de mes fantaisies, tu feras sans broncher mes quatre volontés ! Je m'en vais t'aliéner, te soumettre aux caprices des délices de mon corps, te droguer aux extases de mes sens... Aaah... ! Dans l'ivresse de plaisirs prometteurs, je dérive sur l'onde de mes songes enchanteurs... Aaaah… ! Et je tangue, oh, matin câlin... ! Allons, allons, cessons de divaguer, il est temps de s'refaire une beauté.
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