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maj- 06 05 2011
Dans le médaillon de couverture : "La pierre du Quemado"






JOURNAL DE VOYAGE



AU



MEXIQUE






Jean-Pierre Delamour








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INTRODUCTION AU VOYAGE

 

La veille du 20 Avril 1992, célébration du Jour de la Terre, je passe la nuit sous un tipi au Champ de Mars à Paris. Quel rêve ai-je fait, je ne saurais le décrire, mais les ailes du Grand Esprit ont plané au-dessus du tipi, c'est sûr! Toujours est-il qu'au soir de cette très belle journée dédiée à la Planète, je décide de mettre en place un festival sur la Culture Amérindienne. Qui mieux que ces peuples, qui de tous temps marchèrent « Pieds nus sur la Terre sacrée », sauraient nous parler d’écologie, non comme un concept vert, une idée à la mode recyclable, un mouvement politique récupérable, mais comme un Art de vivre, une philosophie, leur cosmogonie. Non pas seulement parce que c'est une urgence pour notre survie, mais parce que c'est la Voie Sacrée des Indiens, et que respecter la Terre, c'est se respecter soi même, vu que la Terre et l'Homme ne sont qu'Un; et que détruire la Planète Terre, relève purement et simplement du génocide de l'espèce humaine.

En Août 92 je partis donc aux E.U. dans une réserve du Sud Dakota soumettre mon projet aux intéressés. Intéressés? Certes mais par avidas dollars! L'esprit qui animait mon projet ne frappait pas les esprits, et ne trouvait guère de résonances... De retour à Paris, je rencontrais des représentants des peuples Iroquois, venus témoigner des évènements qui les avaient opposés à l'armée canadienne. L'été suivant, j'allais au Canada chez les Mohaks rencontrer des responsables qui manifestèrent l'intérêt que j'escomptais. Je pouvais maintenant compter sur une vingtaine de représentants nord amérindiens pour mettre en place l'évènement « Carte Blanche à l'Indien dans la ville », et le proposer à des municipalités. L'objectif à présent était de trouver des participants en Amérique Latine pour que le public puisse se faire une idée de la diversité culturelle amérindienne, et en même temps de son homogénéité et de sa cohésion dans sa diversité. Il me fallait donc faire un troisième voyage, au Mexique cette fois ; ce serait pour l'année prochaine! Mais je n'attendrais pas l'été pour cela... Je m'achetais une méthode de langue et commençais à apprendre l'Espagnol. Je préparais mon voyage avec enthousiasme et deux objectifs en tête: trouver « mes indiens » et rencontrer des chamans et currenderos qui puissent m'enseigner leur Voie. En Novembre, je fis la connaissance de Frédéric Martin, un « Médecin aux pieds nus », de passage à Paris, qui vit au Mexique depuis 15 ans, et qui fait également du théâtre avec Maria, « … une personne qui mérite d'être connue ». Il m'invite vivement à la rencontrer lors de mon séjour. Il me donne également un certain nombre de contacts, dont celui d'un indien, EA, qui devrait pouvoir m'aider dans mes recherches... En Janvier 94, disposant de quelques points de chute et d'un optimisme à toute épreuve, je m'envolais pour Mexico!

 

 

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A- LA DECOUVERTE DU MEXIQUE CLASSIQUE

 

 

 I – L'ATTERISSAGE

Paris Mexico avec détournement via New York (pour cause de faillite de compagnie aérienne) égalent 20 heures de navigation, non inclus la taxe au décalage horaire, soit 27 heures TTC! Au-dessous de nous, des millions de petites lumières scintillent à perte de vue. On dirait les cellules d'un corps vues par un extra-terrestre! Les miennes sont-elles aussi lumineuses? Il n'y a pas d'alternative, si l'avion rate son atterrissage, tant pis pour la population: c'est elle qui déguste. Il faudrait alors faire le tri entre débris de chair et carcasses métalliques! L’atterrissage se fait sans ratés. Je flotte encore dans l'aéroport, je plane dans un état second, entre rêve et hallucination. J'ai l'adresse d'un hôtel; il suffit de trouver le moyen de transport adéquat pour m'y rendre. Dans le hall, derrières leurs petits comptoirs, des gars proposent des taxis pour 11N$ ! Mais je n'ai qu'un billet de 10$ en poche, et touts les bureaux de change sont fermés à cette heure-ci! Un rabatteur m'aborde et me propose un taxi. Je lui expose mon problème. Pas de problème! Il m'entraîne à l'extérieur vers la station de taxis, et il me trouve un chauffeur qui accepte aussitôt de me prendre en charge. Comme la perspective aérienne le faisait pressentir, nous sommes tout de suite en ville. Je suis frappé par cette  armada de petits taxis coccinelles verts et jaunes, rutilants de propreté et aux chromes parfaitement nickel! C'est trop mignon! Je me laisse aller au fond du siège arrière. A l'arrêt d'un feu de croisement, une immense limousine noire se plante sur notre gauche. Derrière la fenêtre arrière, le pâle profil d'une belle jeune fille au regard vide se perd aux fins fonds de sa galaxie de privilégiée: deux mondes parallèles se côtoient, sans espoir de se rencontrer.

Centro historico! Hôtel Rioja! Une seule chambre de libre, pour deux personnes. Faute de mieux, je la prends; nous aviserons plus tard. Le hall est encore tout embrumé de poussière, mal remis d'une journée de travaux, probablement. Effectivement, dans un coin, un tas de parpaings entassés fait tâche de grisaille cimentée, et au premier étage un échafaudage se dresse juste en face de la chambre qui m'est proposée: belle perspective pour une matinée de récupération! Je m'effondre sur le lit... Je suis réveillé par les travaux et la froide humidité qui imprègne la chambre. Je suis transi. Dehors il fait beau et bon. L'hôtel est bien situé au cœur du Centro historico, à deux pas de Zocalo, l'immense place de la cathédrale bâtie sur les lieux même du grand Temple Mayor. C'est baroque à souhait, comme si les envahisseurs avaient voulu imiter (ou masquer) ce qu'ils avaient détruit! C'est beau et très surprenant comme architecture. Dix mètres plus loin, en longeant la cathédrale, on découvre les restes du Temple Maya en contre bas d'une poursuite qui clôture le site. Je m'en approche prudemment. D'où je suis, il n'y a pas grand chose à voir, hormis ces têtes de serpents qui émergent de ci de là des vestiges rasés. Quelques touristes déambulent dans les allées aménagées, garnies de cactus épars, pour faire plus aztèque, peut-être? J'ai la tentation d'y descendre, mais flottant encore dans les brumes du décalage horaire, je suis retenu par l'image d’Épinal du touriste imbécile qui s'extasie d'un rien, de loin de préférence. Tant pis, je fais le tour par l'extérieur, histoire de flairer l'atmosphère. Je ne sais pas si ce sont les lieux qui me font cet effet mais ma tête bourdonne douloureusement. Curieux, car je n'ai jamais de maux de tête! Peut-être est-ce dû au voyage, à la mauvaise nuit et à l'altitude qui m'obligent à respirer profondément… et absorber l'intense pollution due aux gaz d'échappement ? Je fais donc le tour et me retrouve dans les vieilles rues de Mexico. Je suis à Mexico ; eh oui, ce sont mes premiers pas en Amérique Latine. Ça résonne comme les quartiers du Maroc espagnol que je connais bien pour avoir y vécu: même style, même décrépitude des façades, même langue aussi qui résonne à ma mémoire, et c'est valable pour tous les tiers-mondes colonisés que j'ai traversés. C'est toujours dans les grandes villes que les conditions sont les plus miséreuses et les plus désastreuses... et ça ne me plait pas du tout! Je ne vois pas de beauté dans tout cela, ce genre d'exotisme ne m'amuse plus du tout; blasé par cette misère ordinaire, les poumons  pleins de gaz, je ne pense qu’à m'échapper du quartier ! Je me retrouve à mon point de départ, devant le porche du musée qui donne accès au temple. J'hésite encore. Décidément, j'aurais toujours des problèmes avec ces lieux de momifications pour objets culturels. Je ne pénètre jamais spontanément dans un musée; je dois me faire violence; ce n'est pas naturel, c'est socioculturel bien pensé, et ça me bloque! Mais il m'arrive de ne pas le regretter! Bon, ce ne sera pas pour aujourd'hui, le bourdon dans la tête est ma meilleure excuse du moment. Je m'aventure un peu plus loin dans la ville … et je tombe sur le Musée des Arts! Même cinéma intérieur, mais j'en profite pour demander s'il existe un Musée Indigenas. Je n'obtiens aucune information précise. Dégoûté, je m’enfuis! J'arrive sur un parc. Ah, de la « verduras »! Très sévillan le petit parc avec ses allées circulaires qui se rejoignent autour de fontaines cernées de bancs de pierre, où les flâneurs font une pause fraîcheur. J'en avais oublié qu'il fait beau et que c'est bien agréable de se promener dans la douceur matinale, sans avoir à se soucier d'un ciel gris menaçant. Je me pose sur un banc. Aussitôt mon regard se fait plus doux, il capte le vivant en se posant sur les gens et mes sentiments s'adoucissent. Les mexicains ressemblent à des adolescents dans leurs comportements amoureux. Tiens ils deviennent beaux! Des couples de tous âges déambulent en se tenant la main. « Les amoureux se bécotent sur les bancs publics... en s'foutant pas mal du r'gard oblique...» On ne voit plus ça chez nous ! Maintenant que les "d’jeuns" n'ont plus de tabou et qu'ils font l’amour avec- ou sans - capote, nos jeunes à nous sont blasés avant l’âge, ils ont foutu au panier tout romantisme. Ici, je vois les couples marchant enlacés, qui se cajolent en riant et se touchent en minaudant, pleins de désirs fleuris qui égaient l'atmosphère. Les ouvriers jardiniers, sur la pelouse, ne sont pas en reste. Ils taquinent une de leur collègue, et tant pis pour le travail qui n'est pas urgent, et tant mieux pour eux qui ne bossent pas que pour l’argent! Je reprends ma randonnée et je retombe sur un musée, encore un. Tiens, c'est celui que je cherchais, justement! Le Musée de l'Artisanat Indigenas. Du coup j'entre sans hésiter; je suis vraiment très partisan! Tout autour de celui-ci, les articles manufacturés des indiens étalés sur le sol, animent la rue toute entière de leurs couleurs vives et rayonnantes au soleil.

En fin de journée, après une longue balade dans la périphérie où se trouvent les quartiers les plus pauvres aux trottoirs encombrés de marchands ambulants, je retombe sur la place de la cathédrale. Un immense podium a été dressé entre temps, avec la sono pour l'ambiance. Tous les accès à la place sont fermés à la circulation, et une manif, oui une manif, n'en finit pas de s’amasser pour se mettre en place autour du podium, avec d'immenses banderoles, et une flopée de petits drapeaux. Des chants révolutionnaires sont entonnés et les slogans fusent des camionnettes en tête des cortèges. Les discours assourdissent la place. Ça vibre fort, et cela me rappelle de joyeux souvenirs. Je reste planté là, un moment, puis décide après cette longue balade harassante de rentrer dans ma chambre à deux pas d'ici, et de prier pour la paix dans le monde. Deux heures après, la démonstration est terminée, et les manifestants se dispersent joyeusement. Le lendemain matin, les journaux annonçaient que le Président décrétait le cessez-le-feu! Il y avait un couvre-feu? Donc la guerre... une révolution? Je tombais bien*... Étais-je pour quelque chose, avec mes prières, à ce cessez-le-feu? Il paraît que la Vie est synchronicité! On peut toujours rêver à cette réalité...

*Note de l'Auteur du 28/05/2010 Effectivement: voir infos sur la guerre du Chiapas dans Wikipedia: « 1994 guerre de basse intensité Ce 1er janvier entrait en vigueur l'accord de libre-échange nord-américain, qui plaçait sur le même plan les productions intensives du Corn Belt et les cultures agricoles vivrières pratiquées par les peuples indigènes qui figurent parmi les grands propriétaires de cet Etat (plus de 600000 hectares accordés aux Lacandons par le gouvernement du PRI dans les années 70) dans la jungle Lacandone : concrètement, les peuples indigènes incapables de se moderniser devaient cesser de cultiver leurs terres pour acheter les produits à moindre coût au nord du continent[3], ce qui fut le motif insurrectionnel. La révolte était menée par Rafael Sebastian Guillén Vicente dit le "Sous Commandant Marcos" qui développait autour de son personnage bouffon un ensemble de symboles vestimentaires ringards et un discours anti-impérialiste primaire de résistance qu'on n'avait pas entendu depuis les années 1960, avec la mort de Che Guevara [réf. nécessaire]. Son identité fut révélée en 1995 par la police mexicaine [réf. nécessaire], il s'agirait d'un fils de la haute bourgeoisie espagnole établie à Tampico (son père était le plus important commerçant de meubles du Mexique [réf. nécessaire] dans l'Etat de Tamaulipas) ayant fait des études supérieures à Mexico, d'autres sources [Lesquelles ?] confirment qu'il est issu d'une des familles les plus fortunées du pays. Les premières opérations furent la prise et l'occupation pendant vingt-quatre heures de San Cristóbal de las Casas et de quatre autres communes importantes par les rebelles. Les insurgés repartirent ensuite d'où ils étaient venus [réf. nécessaire], dans les Hautes Terres (Altos) du Chiapas ou dans la Selva Lacandona [4]

La pancarte indique en espagnol :

« Vous vous trouvez en territoire rebelle zapatiste.

Ici la population donne les ordres et le gouvernement lui obéit. »







II – HORS-D'OEUVRES PRE COLOMBIENS

Tête du Serpent à Plume Quetzalcoatl
Munerachi: Les Monts à l'Ouest
Monte Alban : le stade de La Pelote , sport favori des Mayas
Vu du pont ferrovière: les Barancas
La pierre du Quemado
La Sierra Cactus
La Porte del Ciel
Cathédrale en ruine perdue

au fond des barancas

Tzintzuntzan : Esprit du Maïs
La "pause Photo"
L es Géants de Tula

- Atlantes -

Munerachi: Les Monts Ouest
Tepotzlan

Les Roches peuplées